"L’idée de communauté"
L'idée de communauté est présente au sein de l’art contemporain plus particulièrement depuis une quinzaine d’années. Cette problématique touche tous les aspects de la pratique artistique. Elle se traduit sous différentes formes : recherche d’identités, rapport à l’autre, mode de travail, modes d’exposition, prise en compte du réel et élaboration de fictions. L'idée qu’on se fait de la communauté, de soi et du monde dans lequel on vit, est au cœur des pratiques les plus déterminantes à l’heure actuelle. Ce cheminement se fait sous l’impulsion de nombreux changements de valeurs et de modes de vie qui caractérisent notre époque et qui sont sous l’influence de la mondialisation, des métissages culturels croissants qui en résultent et de l’évolution des technologies. (Chantal Pontbriand)
« Identité - distr(action) »
Cet atelier de création propose une expérimentation d’interaction entre geste/son/image, grâce à un dispositif de traitement temps réel associant ordinateurs et capteurs. A partir d’une courte séquence vidéo et sonore réalisée autour du thème “la mémoire personnelle inscrite sur le corps”, sont explorés plusieurs modes d’interaction sur l’image et le son, en fonction des déplacements et mouvements élaborés dans un espace mis en relation avec les écrans de projection des images.
L’atelier s’initie par un travail physique préparatoire intensif et s’adresse à tous les participants. Sont travaillés les aspects expressifs des mouvements, les images et les sons en relation avec le sens donné à l’utilisation de cette technologie numérique. Ce qui est visé est la construction d’une mise en scène propre à chaque individu, seul d’abord, puis en interaction avec les autres.
Chaque participant est confronté à une entité différente, en décalage avec sa propre réalité corporelle.
Le travail se fait par petits groupes, selon les affinités et les complémentarités entre jeu corporel, création image et traitement musical. sont également proposées des musiques traditionnelles auxquelles peuvent se mêlent d'autres sonorités contemporaines et traitements electroniques.
TEMOIGNAGE
A partir d’un épisode marquant lors de l’Atelier de création Identité-distr(action) mené au Maroc, entre les 10 et 21 mars 2006, dans le cadre du Festival International d’Art Vidéo de Casablanca.
Un jour particulier de l’atelier où étaient travaillés les projets dits « individuels », une jeune participante, Naoual, non danseuse, issue d’un milieu modeste, portant le voile, est arrivée avec des photos plutôt terribles de meurtres commis par l’armée israélienne sur des civils palestiniens. Elle m’a dit : « c’est ça mon projet… ».
A partir de là s’est mise en route toute une dialectique sur ce qui est image, sur ce qui fait image, sur le rôle d’une production artistique qui traite d’une telle thématique. Quelle co présence du corps, de l’image, du son, mettre en scène ?
Une réponse fut trouvée en « moulinant » littéralement ces images grâce au logiciel Pure Data utilisé, pour en garder l’expression violente d’origine, sans faire image au 1er degré. Le montage sonore préparé contient un découpage très alterné de sonorités urbaines et musiques empruntant à de nombreuses cultures. La présence corporelle de Naoual est marquée par une immobilité frontale très hiératique, apparaissant et disparaissant derrière ces images colorées et vivement changeantes au grès d’un éclairage fluctuant lentement, alors que deux autres danseuses se désarticulent frénétiquement, en décalage, à sa droite et à sa gauche.
(Ces images peuvent être vues sur le montage tel qu’encodé pour la transmission en direct sur internet à l’adresse
selfworld
Ces montages existent également en DVD, sans pixellisation, …à la demande, auprès de la compagnie.
L’ensemble de cette expérience a été de partager un processus de création renouvelé et enrichi par les apports culturels des participants, tout en créant une équipe mixte composée d’artistes français et marocains.
Certes, mettre en avant une approche couplée art vivant-art numérique permet de mélanger les publics (danse, théâtre, arts plastiques, musique), mais c’est avant tout un travail sur le corps contemporain, un corps qui cherche à dire les choses du monde. Par le biais d’une pédagogie de création se met là en place, nous le souhaitons, un projet fondateur pour un possible meilleur avenir.
Dans le cas de cet atelier au Maroc, où il s’agissait de créer avec des marocains un projet susceptible d’être montré à d’autres publics du pays l’année prochaine, c’est le « construire ensemble » et le partage de compétences qui sont à l’œuvre.
C’est participer aussi à la diffusion d’une image de modernité (à l’encontre des stéréotypes et d’une certaine désinformation médiatique occidentale à l’égard du monde arabe).
Au delà, imaginer pouvoir aider, modestement, à créer une plateforme de soutien à la création contemporaine, au Maroc dans ce cas-ci. Donc favoriser le développement d’une démarche culturelle ancrée dans le contemporain, qui mette en avant une image « autre » d’un pays arabe et, si possible, diffuser cette image dans d’autres pays du monde musulman.
L’art comme langue commune.
A partir de l’idée de « devoir de retour » et fidèle à une dignité inscrite localement, il serait intéressant que des structures culturelles françaises se proposent d’accueillir le spectacle ainsi réalisé.
Jean-Marc Matos
27 avril 2006